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40 ans après la disparition de la première star féminine de l’histoire du rock, la journaliste et la plus grande « fan » française de Janis Joplin, Jeanne-Marie Vacher sort à point nommé ce pavé. Plus qu’une biographie ce livre est aussi un carnet de voyage, une galerie de portraits et un indispensable retour historique sur une époque, les USA des années 50 à 70… Bref, un livre-reportage passionnant. Elle nous embarque dans ce voyage de trente jours sur la route de Janis où elle effectue un marathon du souvenir du Texas à la Californie. Ce parcours s’il sera initiatique pour les uns, les profanes, sera aussi une sorte de pèlerinage, pour les plus initiés et un éclairage éclairé à coup sûr pour tous, fans de Janis ou pas ! L’ouvrage, comme le voyage est truffé de belles rencontres, et la cinquantaine de témoignages recueillis auprès de proches, d’amis, de musiciens ou auprès de grands « témoins » de l’époque sont ici restitués fidèlement. A travers eux on revient bien sûr sur l’enfance de Janis, avec les souvenirs de sa sœur Laura, ou ceux de son amie d’enfance à Port-Arthur, Texas et d’autres permettent de mieux comprendre l’évolution de la jeune femme, de suivre son itinéraire dans les villes où elle est passée, où elle a vécu : San Francisco surtout, New-York et enfin Las Vegas…
La parole de ces proches ou contemporains de la star se libère aussi, peut-être parce qu’il est plus facile pour eux de se confier à une française, et même s’ils ont tous pour la plupart déjà tout dit aux biographes et fans américains, ici chacun apporte une petite pierre de plus à la légende et à l’histoire : à celle de Janis, à celle de l’époque pour l’angle plus social et à celle des groupes qui évoquent au passage les pratiques d’alors dans le milieu musical… En toile de fond cette Amérique des années 50, début 60, puritaine à l’extrême, et peut-être un peu plus encore au Texas, ce qui explique aussi pourquoi Janis, qui s’est toujours sentie différente, n’a jamais voulu suivre la même route que les autres. Pour une femme, à l’époque, cette route passait forcément par le mariage… On suit, les premières virées de Janis à La Nouvelle-Orléans, les débuts de la Beat génération, l’avènement du mouvement hippie à San Francisco et ce tableau coloré est fort bien dépeint. N’oubliant pas l’aspect strictement musical, le livre revient sur ses débuts, elle chante Odetta ou Bessie Smith et plus tard Billie Holliday et où l’on apprend que Janis admirait Piaf… et l’experte propose une analyse des qualités musicales, pas vraiment exploitées au vu de sa courte carrière. Quasiment autodidacte celle qui allait devenir la première femme rock star n’a pas toujours sû comment grandir et s’affirmer musicalement. Est-ce en cela aussi qu’elle s’est « perdue », outre le contexte bien sûr dramatique de la montée des drogues à l’époque ? En tout cas ce livre nous la rend, un instant, intacte et il nous la rend aussi plus lisible. Un très beau portait hommage écrit avec finesse pour une immense artiste qui ne nous a pas vraiment quitté. Une bible. Sur la route de Janis. Jeanne-Martine Vacher
JBz & Cie en co-édition avec France Culture 496 pages – 22,50e