Edito

Ou l’actualité heureuse de la race chevaline

Une Aux Arts 121. Novembre 2008

L’Amérique… HAA ! L’Amérique ! … L’American way of life, mode de vie de rêve… L’Eldorado dont on se moque avec envie parfois à travers ces deux personnages de pub faisant de l’Harley Davidson dans leur salon… Ke-vin et Bran-da avec leur gros tas de fric et leur goût de chiottes… Las Vegas et ses paillettes pour les uns ou les films de Scorcese pour les autres… la fascination est la même en intensité et en ces temps d’élection d’un nouveau président du plus puissant pays au monde, cette intensité a encore augmenté. Rien que de plus normal étant donné son poids de premier ordre dans l’équilibre et le déséquilibre de ce monde qui, en ce moment, nous envoie des secousses assez remarquables sur l’échelle de Richter des probabilités d’avenir, où que nous vivions.

En Europe, le duel Mac Cain/Obama tel qu’il est rapporté par les média nous donne l’impression qu’il y aurait une grande différence entre Démocrates et Républicains… Même si ce n’est pas faux en ce qui concerne les personnalités respectives des deux candidats et de leur vice présidentiable, c’est un leurre sur le fond. Cette grande kermesse dispendieuse nous fait un peu oublier que ce sont les mêmes lobbies qui alimentent en argent les shows de l’un comme de l’autre. Cela nous fait oublier que frappée de paranoïa galopante du fait du 11 septembre, paranoïa encore renforcée par le désastre annoncé de la guerre en Irak, l’opinion publique américaine réclame d’un côté comme de l’autre un repli sur soi du pays, repli sur soi sauvant ce qui peut encore l’être vu l’état actuel de la planète, politique, économique, social, écologique. En ce sens le choix de Sarah Palin, au-delà de l’indigence intellectuelle forcenée de l’intéressée est emblématique des aspirations de tout un peuple ; emblématique comme l’est le mur dressé d’est en ouest entre les Etats-unis et le Mexique.

Qui doit être sauvé ? Indication nous est donnée par ce choix… L’Alaska + le réchauffement climatique + la raréfaction inexorable des ressources en carburant, ça ne vous dit rien ?! Le fait que les compagnies pétrolières achètent à tour de bras des concessions dans le Nord et dans le Grand Nord et l’ouverture certaine à moyen terme du fameux passage du Nord Ouest entre Atlantique et Pacifique devrait nous faire comprendre que ce qui doit être sauvé c’est ce mode de vie américain que la taille du pays, ses structures urbaines et suburbaines et les habitudes de la population rendent intangible. “God is on our side” le réchauffement, c’est peut être une histoire de crânes d’œufs… on accueillera à coup de fusil : “We can do it” ! Encore 30 ans M. le bourreau, goinfrons-nous ! Et après nous le déluge ! Ce peuple dont une partie de la population n’admet toujours pas le Big Bang a foi en son miracle motorisé, accélérateur de catastrophes à plein tubes ! Un tel aveuglement autarcique, nous, vieille Europe, devrait nous faire réfléchir et doucher notre entouthiasme pour ces élections quel que soit notre favori. L’avenir ne se joue pas au Tiercé. Allez ! Va quand même pour ce Grand Prix d’Amérique !
Edito d’Henry Casler. Aux Arts. N° 121. Novembre 2008