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Depuis 1984 alors les Red Ted le groupe estampillé punk a fait du chemin : en 1987 les Têtes deviennent Raides et glissent vers le rock alterno, la chanson réaliste mâtinée musette. Dans leur sillage, marqué «chanson engagée réaliste rock» bon nombre de formations s’engouffrent dans le créneau, porteur. Aujourd’hui avec plus de 14 albums à leur crédit – sans compter les live(s) et les collaborations diverses – les Têtes, loin de s’être assagies sur le fond, se rapprochent dans la forme d’une orchestration digne d’une formation classique. Un travail qui sert à merveille ce nouvel album, et qui confirme le virage pris, sur l’album Fragile avec l’arrivée d’Anne-Gaëlle Bisquay au violoncelle. Avec ce Corps de Mots, les Têtes Raides vont-elles encore révolutionner la chanson française ? On est en droit de se le demander avec ce bijou emprunt d’autant de poésie que de violence. Précurseurs déjà avec le texte «Notre besoin de consolation est impossible à rassasier» adapté du suédois Stig Dagerman, ils allaient lancer à l’époque de Fragile, encore, la forme poétique chantée, déclinée depuis en maintes lectures musicales etc. Ce Corps de Mots transforme l’essai avec des brûlots joués et scandés en retenue. Christian Olivier en enchanteresse statue vivante y reprend de main de maître Genet «Le condamné à mort», Philippe Soupault, Antonin Artaud, Stig Dagerman, Robert Desnos, Raymond Queneau ou encore Elvis Presley ! Avec ses complices : Serge Bégout ensorcelant multi-instrumentiste aussi discret qu’omniprésent, Grégoire Simon au saxo, à l’accordéon et à la flûte et consorts ils semblent communier, un comble pour des anars ! Le DVD : un bonus des anges avec le groupe à l’œuvre, au noir, une peinture live, comme un direct du droit. Un must, l’anti-thèse de la soi-disant chanson réaliste qui «se doit d’être absolument festive». Un coup de poing, une œuvre absolue ! Corps de Mots Mon Slip/Tôt ou Tard.
CD / DVD, captation au Th. des Bouffes du Nord en déc. 2012.