Société

Tribal, pointilliste, réaliste, abstrait…le tatouage, phénomène encore underground jusque dans les années 80, est devenu très, très populaire. Tout le monde ou presque est tatoué : le banquier, la postière, l’instit… et de nos jours ce sont les sans tatouages qui deviennent des oiseaux rares. Derrière cet engouement se cache pourtant encore un combat : faire entrer le tatouage dans la catégorie de l’art, de l’Art, pardon, avec un grand A. Car il est encore considéré comme un art certes, mais un art dit populaire… Vaste débat. Et il est indéniable que cet Art primitif connaît un nouvel engouement, pour preuve le tatouage a désormais son musée, à Rome, ouvert en 2014, ou citons encore l’incroyable succès de l’exposition Tatoueurs tatoués qui s’est tenue en 2015 au Musée du Quai Branly à Paris.

À l’heure où les conventions de tatouage fleurissent autant que les tatouages en France, Aux Arts vous propose un retour sur les origines de cet art ancestral en partenariat avec le Beauregard Tattoo Show qui organise les 29 septembre et 1er octobre 2017 au domaine du Château de Beauregard à Hérouville sa première convention avec 70 artistes tatoueurs du monde entier.

Une brève histoire du tatouage aux quatre coins du monde…*

Le mot « tatouage » provient du tahitien tatau qui signifie « marquer-dessiner-frapper ». Dessin décoratif et symbolique il est réalisé en injectant de l’encre entre le derme et l’épiderme à l’aide d’aiguilles ou d’objets pointus. D’abord pratiqué aux moyens d’os et de pigments naturels, il est aujourd’hui élaboré avec une machine électrique, le dermographe, avec des encres spéciales.

Aux origines… sur les traces des momies tatouées !

Bien qu’il s’agisse d’une pratique ancestrale, peu d’historiens se sont consacrés à l’histoire du tatouage ; si l’on ne peut le situer avec exactitude dans le temps, la découverte de la momie Ötzi dans les montagnes Italo-Autrichiennes, âgée de 5 300 avant J.C., donc en Europe permet de situer l’apparition du tatouage à la préhistoire. Ötzi présente de petits motifs schématiques : des lignes et des points situés au niveau des articulations. On suppose que ces marques s’apparentent à des point d’acupuncture,  et donc que les premiers tatouages avaient un but thérapeutique.
D’autres momies ont également été retrouvées en Égypte, datées environ à 2 200 ans av. J.C., elles présentent des corps entièrement recouverts de motifs décoratifs ; ces tatouages auraient eu un but sacré et religieux. Une autre momie datant de 500 ans av. J.C découverte en Asie centrale offre à voir des créatures imaginaires, et de part ce caractère il est difficile de deviner la visée de ses tatouages, étaient-ils allégoriques, religieux ? Le mystère reste entier. Toutes ces découvertes montrent que le tatouage s’est développé de façon simultanée dans diverses régions du monde et à différentes époques. Tantôt attaché au statut social et à l’appartenance au groupe, tantôt symbole d’un rite de passage, cet art et les significations données aux tatouages varient selon les régions du monde.

La Polynésie et la Nouvelle-Zélande

Dans les Îles Marquises et en Nouvelle-Zélande les peuples dits « primitifs », donnent une place majeure au tatouage dans leurs cultures. Généralement utilisé pour marquer un rang social élevé, il avait aussi pour but de renforcer la fécondité et de resserrer les liens avec le surnaturel et le sacré. L’acte du tatouage prenait une dimension cérémoniale et familiale ; le baptême faisant partie des évènements ritualisés par un tatouage. Pour appartenir à la communauté, les individus devaient passer par ces rites imposés. Le tatouage Polynésien foisonne de motifs, il aborde des thèmes figuratifs tels que le monde animal et les végétaux. Cependant on l’associe souvent à des formes géométriques abstraites composés de spirales et autres losanges.

Les Îles Marquises : pour les Marquisiens, le tatouage est avant tout esthétique, c’est une marque de puissance, de beauté, qui rend compte d’un milieu social aisé : plus les motifs sont multiples, riches et variés, plus la personne est sage et élevée sur l’échelle sociale. Dans les Marquises, en dehors des paumes des mains et des plantes de pieds, toutes les parties du corps sont concernées. Pour autant, les hommes appartenant aux classes « inférieures » n’étaient pas autorisés à tatouer leurs visages, cette zone étant réservée aux chefs. La cérémonie du tatouage était admise par un prêtre, elle s’accompagnait des chants afin que chacun puisse être témoin de la bravoure et du courage dont faisaient preuve les jeunes tatoués. Chez le Marquisien, le tatouage imprime sur la peau des hommes l’orgueil et de la fierté d’appartenir au groupe.

La Nouvelle-Zélande : ici, le tatouage était essentiellement lié au mariage, la jeune fille se devait d’être belle en se tatouant, le plus souvent au niveau du menton. Il en était de même, pour les hommes. Le tatouage néozélandais était un atout de séduction qui marquait le passage à l’âge adulte, en effet c’est à l’âge de 20 ans que les jeunes gens se faisaient tatouer. Un individu non tatoué aurait indigne de faire partie de la communauté, considéré comme efféminé et lâche. Les Maoris considéraient la tête comme la partie du corps la plus sacrée, c’est pourquoi ils ont donné un nom spécifiques aux tatouages faciaux : « Moko », chaque motif porte une signification, c’est un lien tribal qui conte l’histoire de son porteur, et revendique également l’accomplissement d’une victoire.

L’Asie

Le Japon : le tatouage traditionnel japonais se nomme Irezumi ou Horimono, Irezumi signifie littéralement« insérer de l’encre », c’est une forme particulière de tatouage qui recouvre de larges parties du corps, il porte un sens plus péjoratif que le terme Horimono qui désigne le tatouage dans son ensemble. Chez les Aïnous, population pionnière du Japon, le tatouage existe depuis la préhistoire ; cette tribu avait pour tradition de marquer essentiellement le visage des femmes, autour de la bouche, ainsi que le dos des mains. Il s’exécutait en trois étapes précédant le mariage, d’abord entre 12
et 13 ans, à 15 ans et à 18 ans. Le but du tatouage chez les Aïnous reste mal connu, quelques hypothèses évoquent un rôle de protection, l’évacuation d’un sang impur ou encore l’apologie de la force. Au Ve siècle, le tatouage avait pour but de punir les criminels en les marquant à vie. Plus tard au XVIIe siècle les prostituées se tatouaient elles-mêmes les bras, le dos de la main ainsi que la poitrine ou le visage. C’est à cette époque que le tatouage prend un sens péjoratif, on l’assimile aux mœurs légères de la société nippone. En 1872, il sera interdit par l’empereur Matsuhito, puis légalisé en 1945 par les forces d’occupation, il conservera toutefois une connotation criminelle. Le tatouage traditionnel japonais est souvent associé à la célèbre mafia : les Yakusas. Il marque l’entrée d’un nouveau membre dans la communauté. Ces tatouages sont réputés pour leur grande richesse artistique, offrant de nombreux motifs figuratifs comme les fleurs, les animaux ou les paysages.

La Chine : à la différence du Japon, le tatouage en Chine est très peu étudié, et son histoire est assez récente par rapport aux autres cultures. En 1986 la découverte de corps marqués datant d’environ 3000 ans laisse présager de son apparition à cette époque. Selon F. Borel, le tatouage, auparavant « figurait parmi les cinq punitions aux côtés de la mort, de la castration, de l’amputation du nez et des pieds ». Le tatouage symbolise alors comme une marque humiliante, publique et visible. Il est strictement codifié et varie en fonction de la région.

L’Afrique
Le continent Africain compte deux styles bien distincts : le tatouage inspiré de formes géométriques d’Afrique du Nord et les scarifications tribales arborées par les populations subsahariennes.

Le Maghreb : l’apparition des premiers tatouages en Afrique du Nord est située vers les 3000 ans avant J.-C. Ils avaient une valeur rituelle et prophylactique puisque considérés comme un remède aux maladies qu’ils imaginaient surnaturelles. Afin de les contrer, on tatouait divers symboles tels que des croissants, des losanges, des fleurs de lys ou encore des lignes verticales. Il est principalement pratiqué par les femmes qui pour se tatouer, n’avaient pas besoin de l’accord de leur époux. Il s’agissait d’un acte libre et personnel. À l’époque déjà, la réalisation des tatouages étaient confiée à
des professionnelles expérimentées (exclusivement des femmes) qui faisaient le tour des villages. Bien que cette pratique soit très ancienne, l’Islam condamne le tatouage (aussi bien le tatoueur que le tatoué), ainsi pour respecter la religion les femmes employèrent la technique du mehndi, utilisant le
henné pour réaliser des dessins éphémères sur les pieds et les mains.

L’Afrique Noire : dans les pays d’Afrique subsaharienne, le tatouage est essentiellement tribal et effectué par scarifications. Chez les « Sarakole », peuple d’Afrique Occidentale, ce sont les gencives des jeunes filles qui étaient tatouées en bleu, c’est un acte de féminité que les jeunes filles sont libres de faire
ou non. Pour les« Konkomba », le tatouage permettait de représenter la tribu, les membres du groupe arboraient des dessins scarifiés puis noircis au charbon sur le torse et le visage. Selon les pays et les tribus le tatouage ne revêtait pas la même signification, il pouvait s’arborer comme une parure ou marquer un rite initiatique mais aussi prouver l’identité de son porteur et le différencier des esclaves.

L’Égypte : le tatouage égyptien remonte à la prime pré-histoire, des momies tatouées datant de 2000 av. J.-C. y ont été découvertes.Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer le sens donné au tatouage dans cette région du monde. Était-il esthétique, magique ou encore médical ? Les avis divergent. Chez les Coptes (chrétiens d’Égypte), il était commémoratif, en effet les pèlerins inscrivaient sur leur bras la date de leur pèlerinage à Jérusalem. Le tatouage semble avoir été une coutume majoritairement pratiquée par les paysans (musulmans ou chrétiens), et représentant des motifs figuratifs, comme le poisson, symbole de fertilité, de chance ou de protection.

L’Amérique
Le tatouage en Amérique serait arrivé depuis l’Asie entre 5000 et 1500 ans avant J.C., et se serait rapidement répandu notamment chez les Amérindiens. Selon les différentes tribus du continent il avait diverses codifications.

L’Amérique du Sud : il semblerait que les premiers tatouages remontent aux Mayas, qui avaient pour coutume de se tatouer en signe de courage. Hommes et femmes étaient tatoués jusqu’à la taille, seuls les prêtres se recouvraient le corps dans son intégralité, afin de quitter leur statut d’homme et pouvoir se rapprocher des Dieux. Chez les Aztèques, il est effectué durant des cérémonies, le tatouage perd sa visée esthétique pour acquérir une valeur exclusivement religieuse. Les Incas considérant leur corps comme l’œuvre parfaite de leur Dieu refusaient de se faire tatouer.

L’Amérique du Nord : en Amérique du Nord le tatouage est très répandu. Parfois, la peinture corporelle et le tatouage remplaçaient même l’habillement, notamment chez les Sioux, les Chickasaws et les Iroquois. Les tatouages symbolisaient l’appartenance à une tribu, ou figeaient les actes de guerre et de chasse accomplis. Les Sioux, lors de la danse du soleil se prouvaient leur courage en se faisant tatouer : plus on était tatoué plus on prouvait sa bravoure et sa vaillance. Certains de ces peuples pensaient que les défunts emportaient dans la mort, leurs honneurs et leurs tatouages afin d’être acceptés par leurs ancêtres. Les Inuits des zones arctiques de l’Amérique avaient des convictions similaires, ils s’imaginaient qu’une femme non tatouée ne serait en paix après son décès. Les hommes quant à eux étaient tatoués en fonction du nombre de leurs prises, ils gagnaient ainsi en prestige pour leur contribution à la survie de la tribu. En Amérique l’histoire du tatouage reste peu connue, néanmoins l’invention de la première machine électrique (le dermographe) s’est faite sur ce continent par Samuel O’Reilly au cours du XIXe siècle. Elle ressemblait à une extension de stylo fonctionnant au moyen d’une pile électrique. En 1961, suite à une épidémie d’hépatite à New-York, le tatouage est interdit, on pensait là qu’il s’agissait d’un moyen de propagation. Néanmoins le tatouage continue d’exister clandestinement et ce n’est que 37 ans plus tard que cette loi fut abolie !

L’Europe
Des corps datant de 520 avant J.C. sont découverts en Sibérie en 1924, l’un d’eux présente les bras entièrement recouvert de tatouages composés de figures fantastiques et d’un poisson sur la jambe droite. Ces marques auraient été un signe de courage, de noblesse, de protection ou tout simplement
de décoration. On sait que dans la Rome antique les tatouages servaient à marquer les soldats de la légion, ils se faisaient tatouer un aigle et le nom du général dont ils dépendaient. À la même période en Grèce, ce sont les esclaves qui étaient contraints de se faire tatouer la première lettre du nom de famille de leur maître entre les yeux ainsi qu’une chouette ou un vaisseau de guerre. L’histoire du tatouage reste assez floue en Europe ; à travers les âges il y eut beaucoup d’utilisations de cette pratique et elle se serait éteinte au Moyen-âge suite à la condamnation par le Pape Adrien 1er qui l’a considérait comme la marque du démon. Le tatouage réapparait au XVIIIe siècle, notamment grâce aux navigateurs tels que James Cook lors d’exploration dans le Pacifique. Ces expéditeurs ramenaient de leurs périples ces marques indélébiles, souvent des crucifix sur l’ensemble du dos pour se prémunir des flagellations en cas de punition.

Pour plus d’infos sur le Beauregard Tattoo Show : http://beauregardtattooshow.fr

*Texte fourni par l’équipe du Beauregard Tattoo Show, remanié par nos soins. Sources : Kustom Tattoo.
En savoir plus ? 2 sites à visiter :
le-cirque-fou-des-religions.com
larskrutak.com, site en anglais d’un docteur en anthropologie, spécialiste du tatouage, Lars Krutak.