Expositions

A Coutances.  Rêves d’épaves de mer… en secrètions. Oeuvres de 1980 à 2012 de Gwezenneg. Au musée jusqu’au 22-6. Cet homme de l’art par une métamorphose alchimiste redonne vies à nos larmes.

L’Outil : Vous êtes un collecteur d’épaves !
Gwezenneg : Je recueille les traces laissées par la vie sur les grèves. J’amasse des bois, des pierres, des ossements, des bestioles. C’est la cueillette, on dit aussi gravage, terme populaire très ancien. Avec le temps, je construis mon œuvre. C’est le mystère de la création. Je ne suis bon qu’à cela. Je n’arrête jamais. Je suis toujours dedans, c’est mon creuset. Une œuvre se fait sur un temps très long. Je travaille toujours sur des bois qui ont une histoire. Il y a transformation, transmutation. Je les nettoie, les bricole un peu, puis j’y ajoute tout mon univers organique. Mes Secrètions. C’est le principe dit de Palimpseste, le recouvrement (du grec ancien« gratté de nouveau »). À l’origine quand on écrivait sur du vélin, un support très précieux, on effaçait l’écriture et on réécrivait dessus. Mon écriture recouvre quelque chose qui a déjà été écrit avec  le temps par l’usure, les chaos de la mer. Il y a  renaissance. Tous ces éléments là viennent de la mer. Il y a aussi une symbolique autour du ventre de la mère. Je reviens à mon histoire, avec des allers et  des retours. Je fais revivre des choses qui sont  appelées à disparaître.

L’O. : Pourquoi parlez-vous de Secrètions ?
G. : C’est le secret, ce qui se dit et ce qui  se cache et en même temps il y a des connexions avec l’organique. J’ai modifié l’orthographe. Dans mon travail,  il y a à la fois des choses montrées et cachées. En général en voit l’extérieur, la peau, les éléments, la pierre et l’on ne trouve pas forcément le secret. On chemine dans un labyrinthe organique. Le chaos est organisé. J’appelle cela un coït mental, cosmique. C’est la germination, la fécondation. Cela se détruit, se reconstruit. Il faut cheminer dans l’œuvre. Il y a prolifération c’est-à-dire le plein d’ossements de mulots, d’oiseaux, de poils, de cordages… Le mystère de la vie et de la mort.  Je fabrique mes pigments dans des tons nature et terre, avec un peu de rouge aussi pour le feu dont je me sers dans mon travail, un bleu minéral. C’est comme un grand combat mais très organisé. Il y a des mondes dans des mondes, à l’infini. Il y a plusieurs lectures possibles.

L’O. : Et les arac’hs ?
G. : C’est un des thèmes utilisés dans mes dessins. Les arach’s, cela vient de l’arrachement, des arachnéens. C’est un travail de tissu déchiré qui ressemble à des toiles d’araignées qui s’incrustent dans de la pâte de papier que je fabrique. Il y a dans mon travail un côté primitif, tribal déjà par l’utilisation de milliers de petites matières, de la terre. J’aime les œuvres qui nourrissent. Quand on regarde les détails, on ouvre des mondes. C’est de la peinture répétitive sûrement obsessionnelle et fantastique, surtout dans mes gravures.

L’O. : La gravure ?
G. : Tout vient de là. Mes premières gravures datent de 67. C’est le fondement de mon travail. L’acte de graver, de creuser, d’inciser, de blesser, de fouiller est un peu méchant. Même si les formes peuvent être rondes. C’est toujours un cycle de décomposition et de recomposition. La gravure est un relief. Il y a une cohérence dans mon travail, un fil conducteur que j’ai tissé.

Rencontre en janvier 2011. Article publié dans L’Outil n° 18.